Conférence d'information de

l'AFAA SOS-ANOSMIE

REUNION printemps IFRATH du Jeudi 10 octobre 2019

Institut Fédératif de R echerche sur les  Aides Techniques pour les personnes Handicapées

Lieu INJS Paris
Institut National des Jeunes Sourds, Salle « Abbé de l’Epée »

Matinée scientifique organisée par Paris 8

(Anne Ronsheim et Jaime Lopez Krahe)
 

Labo THIM (Université de Paris)
 et Christian Berger-Vachon

(Labos LBMC & CRNL Université Lyon 1)

 « Tout mon génie est dans mes narines »

                                                                      Friedrich Nietzsche (1844-1900)

COMPTE-RENDU

REUNION printemps IFRATH du Jeudi 10 octobre 2019

Lieu INJS Paris
Institut National des Jeunes Sourds, Salle « Abbé de l’Epée »

Matinée scientifique organisée par Paris 8 (Anne Ronsheim et Jaime Lopez Krahe)
Labo THIM (Université de Paris)
 et Christian Berger-Vachon (Labos LBMC& CRNL Université Lyon 1)

Odorat et Handicap

Avec une soixantaine de personnes, la matinée scientifique sur l’odorat (« ce sens oublié ») a attiré un public intéressé pour se rendre compte que l’importance de l’anosmie était largement sous-évaluée et donc que ce sens méritait beaucoup mieux.

10h15: Roland Salesse (INRA-Paris)
« Odorat, Société et Handicap»


Odorat et aspect sociétal
On ne demandera pas à tout le monde d’avoir un odorat d’éléphant, animal qui est bien pourvu en ce domaine. L’éléphant sécrète, en temporal, des odeurs qui changent au cours de la vie et qui reflètent le statut de l’animal.
L’éléphant mature dégage une odeur qui attire les femelles et qui repousse les jeunes mâles, concurrents potentiels.
De même, les chiens reniflent le derrière de leurs congénères, pour connaître le sexe, et en cas de femelle savoir si elle est fécondable.
La brebis sent son petit à la naissance pour le reconnaître ensuite. Elle « dispose » de 6 heures pour effectuer cette identification.
Les moustiques aussi sentent les « animaux » qu’ils peuvent piquer et qui sont « olfactivement compatibles », d’où les crèmes répulsives. On sait aussi que les phéromones sont utilisées pour piéger les mites males et pour protéger nos vêtements.


Pour l’homme, des cultures sont construites autour de l’odorat et l’expression « comment vous sentez-vous » est parfois utilisée. On parle aussi « d’odeur de sainteté ».
On voit donc que beaucoup de comportements sont construits autour de l’olfaction. L’industrie des cosmétiques (parfumeurs) et la gastronomie ne s’y sont pas trompées.


Organisation physiologique
Il y a dans le nez, un épithélium olfactif avec des cellules spécifiques qui identifient telle ou telle molécule odorante. Lorsqu’une molécule est reconnue (système « clé-serrure ») la cellule décharge.
Le signal chemine ensuite jusqu’au bulbe olfactif où il est organisé, avant d’être envoyé au cerveau (hypocampe, lobes frontaux…) où il sera interprété notamment en fonction du vécu de la personne.


Une autre voie d’accès est la bouche ; les aliments broyés dégagent des molécules odorantes qui remontent par l’arrière gorge jusqu’à l’épithélium olfactif du nez, ce qui explique le lien très fort qu’il y a entre nourriture et olfaction. Ceci renforce fortement la gustation.
De plus, notre corps a un très fort équipement bactériologique (on a plus de bactéries que de cellules : 100. 1012 bactéries contre 10 1012 cellules) et il est une « usine à odeurs », ce qui est une des composantes de la libido et du comportement.


Civilisation et olfaction
L’olfaction a ses thématiques.
A Bordeaux, l’œnologie a une cité des vins.
Les fromages ont leur odeur ; on peut même ajouter des odeurs extraites de telle ou telle personne célèbre aux fromages et faire du marketing dessus.
A Lille, il y a un musée de l’olfaction.

 

Une discipline essaie de copier des odeurs de personnes pour recréer l’odeur « du cher disparu » par exemple et prolonger ainsi sa présence.
En ce qui concerne le stress, on peut le modifier avec les odeurs. La lavande a en effet calmant alors que la noix de coco est excitante. La mémoire aussi peut être manipulée avec les odeurs.

 

En ce qui concerne le diagnostic médical, des automates peuvent analyser les odeurs (dans l’haleine, sur les tissus…)  et ils ont des performances qui dépassent celles du médecin classique… mais ils ne remplaceront pas un IRM. On sait aussi que des chiens dressés repèrent les drogues, les explosifs dans les bagages (aéroports…). D’autres sont dressés pour détecter un cancer du sein en reconnaissant des odeurs spécifiques.
Au niveau géographique aussi il y a des odeurs attachées à un région. On a remarqué que des oiseaux, nés sur une ile et déplacés, y reviendront… sauf si on leur bouche le nez.
Bonne ou mauvaise odeur

 

Ceci est lié à l’équipement de l’épithélium olfactif qui peut avoir des cellules réceptives ou pas. Ensuite, c’est selon l’éducation ou la génétique ; une odeur de cadavre sera agréable pour le vautour et désagréable pour beaucoup d’autres espèces.
De plus, l’alimentation (avec ses odeurs) est un des atouts de la France avec une balance commerciale excédentaire. La gastronomie française est inscrite au patrimoine de l’humanité.
L’olfaction est donc loin d’être « un sens secondaire».


 

11h: Didier Trotier (CNRS)

« Causes et traitement de l’anosmie»

 

Une molécule odorante reconnue déclenche une chaîne de réactions. On peut distinguer des milliers de molécules, et les stimulations se mélangent pour former un pattern olfactif qui est présenté au cerveau.

 

Causes d’anosmie

 

L’anosmie est un handicap qui n’est pas reconnu officiellement...

 

L’épithélium olfactif est localisé dans la région haute des cavités nasales, les fentes olfactives. Pour l’exciter, les molécules odorantes doivent l’atteindre.

 

Plusieurs raisons d’anosmie :

 

-Rhume : l’excès de mucus bouche les fentes et donc il n’y a plus de stimulation. Réversible après disparition des symptômes.

 

-Polypes : si leur développement bouche aussi les fentes olfactives. La chirurgie et/ou la cortisone peuvent détruire ou atrophier ces polypes et on retrouve l’olfaction,

 

-Inflammation bilatérale chronique des fentes olfactives: résistante aux traitements.

 

- Intoxication par des solvants : (benzène, acétone, ammoniaque ) qui peuvent détruire les cellules réceptrices.

 

-Traumatismes crâniens: peuvent détériorer les bulbes olfactifs ou déstructurer les fentes olfactives.

Le contre-coup d’un choc à l’arrière de la tête fait s’écraser la région frontale basse du cerveau sur les os de la base du crâne. Il en résulte des lésions qui peuvent englober les bulbes olfactifs.

 

-Virus : Le ou les virus entraînent des symptômes de type grippaux (au printemps ou en été) suivi d’une perte de l’odorat qui perdure pendant de nombreuses années. On ne connaît pas le (les) virus responsables.

-Mesures (« Smell test »)

On dispose d’une batterie de tubes à essais qui contiennent différents produits à différentes concentration, et on note pour chaque produit le seuil de détection (tubes de « sniffing »). Le test permet aussi de déterminer l’aptitude à distinguer des odeurs différentes et à les reconnaître. L’indice global permet de déterminer si le patient à un odorat normal, ou bien s’il est hyposmique(forte réduction de l’acuité olfactive) ou anosmique (absence totale de sensations olfactives).

-Récupération

Suite à une attaque virale, l’odorat peut lentement (plusieurs années) réapparaître, en particulier pour les sujets de moins de 45 ans. Après 70 ans il y a peu d’espoir.

On notera que les cellules réceptrices détruites peuvent être remplacées à partir de cellules souches qui vont se différencier. L’entraînement olfactif semble aider à cette récupération de l’odorat, mais cette « rééducation » est très lourde pour des résultats sont peu spectaculaires.

 

Les greffes de cellules sont encore très expérimentales.

 

Le nez artificiel (l’implant) est une notion théorique, d’autant plus que la structure et la miniaturisation des structures olfactives se prête peu à ce genre d’intervention.



11 h 40 Bernard Perroud (AFAA SOS ANOSMIE)
« L’anosmie un handicap sensoriel à part entière »


Il faut parler du handicap olfactif et ce type de réunion sert à lutter contre la méconnaissance de l’anosmie : merci à l’Ifrath.

-Devenir anosmique
On peut devenir anosmique du jour au lendemain et « l’atterrissage » a été dur, car l’odorat a participé à la construction de l’individu et on perd ce repaire.

 

On ne peut plus rien goûter et les aliments sont fades ; « j’étais cuisinier mais maintenant je ne peux plus ; j’ai perdu 80% du goût ».
 

Pour se battre ce n’est pas facile car ce thème est peu abordé dans la littérature, et le corps médical n’est pas très motivé « par ce handicap rarissime et peu invalidant ».
 

Perdre l’odorat conduit à une crise sociale et diététique ; on sucre plus (diabète) et on sale plus (hypertension).
Les conséquences sont la dépression, la malnutrition, la crise identitaire, une perte de la libido, un manque d’intégration…
Le traumatisme crânien et les causes virales représentent une part importante des anosmies.

AFAA SOS ANOSMIE
Pour se battre il faut être fort et donc se regrouper. Il y a près de 3 000 000 d’anosmiques en France (5% de la population) et près de 6 000 000 d’hyposmiques, ce qui concerne beaucoup de monde.
L’association tente d’informer les pouvoirs publics, la société, la population des anosmiques, de favoriser la recherche, organiser des séminaires, des rencontres, des ateliers, soutenir des études et préconise un dépistage systématique chez les enfants.

 

Anosmie congénitale
Naître sans odorat est différent, car le sujet se construit sans ce sens ; la crise identitaire est moindre. Chez les filles le taux d’anosmique à la naissance est 1/50 000 et 1/10 000 chez les garçons.
Le nombre de centres spécialisés pour apporter des réponses à l’anosmie est… 2 !

 

Conséquences de l’anosmie
Les sujets cachent leur anosmie, car il n’est pas facile de se déclarer handicapé.
A l’école, un sujet handicapé est la cible de ses camarades, alors il vaut mieux éviter…
En pratique, l’anosmie n’est pas considérée comme un handicap  et le patient est laissé seul.
Dans la population des anosmiques, on note :
-43% de dépression,
-20% d’évitement des sorties en groupe et d’isolement.
-38% de trouble des relations intimes
Le patient se referme donc sur lui-même et semble vivre dans un bocal.


 

12h Kenza Draréni (CRNL-Lyon, Institut Paul Bocuse)
« La recherche dans l’olfaction »

 

Le Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon comporte une équipe « olfaction » qui travaille avec le Centre Paul Bocuse, compte tenu de la très grande proximité entre l’odorat et la gastronomie. Des études expérimentales sont ainsi initiées notamment en relation avec la pathologie (cancérologie ici).
 

Aliment
L’alimentation est une chaîne : Achat → Préparation →  consommation (motivation, appétit…)
La flaveur d’un aliment implique l’odeur (le nez), la bouche (papilles + nez).
Lorsque le cancer est en cause, l’équation se complique avec la perte des cheveux, l’anosmie, un changement cognitif, une sécheresse buccale… ce qui perturbe la perception des aliments.
La complexité est augmentée par la diversité des patients et des aliments. En cas de cancer, le patient peut ne plus ressentir son plat préféré.

Etudes expérimentales
Il s’agit d’essayer de comprendre et d’adapter la nourriture à la condition des patients, par le choix des aliments et des condiments. Cette étude a été réalisée avec une clinique de la région lyonnaise, dans le cadre d’un travail de thèse.

 

*Action de la chimiothérapie
On compare la réaction aux aliments pour des patients sous chimiothérapie et d’autres qui n’ont pas de chimiothérapie.
La chimio n’altère pas la flaveur dans 50% des cas, la diminue peu dans 20% des cas et la dégrade beaucoup dans 30% des cas.


*Test sensoriel
On compare des patients (groupe homogène de patients touchés par un cancer du poumon et traités par une chimio standard) avec un témoin non cancéreux.
Le patient détecte moins bien les odeurs que le témoin et il compense en ajoutant plus de condiments à sa nourriture.


*Influence des condiments
On a testé un caviar d’aubergine et on note l’effet de l’enrichissement des plats avec du sel, du citron, de l’ail en quantifiant aussi la quantité ajoutée.
On constate que le patient apprécie l’effet du sel, rejette l’effet du citron et que l’ail a un effet neutre.


*Conséquences
On recherche à personnaliser l’action des condiments en esseyant d’identifier des groupes sensoriels de patients à l’hôpital, pour définir des régimes adaptés qui dépendront de la personne, de la pathologie et du traitement, en sachant qu’une bonne prise alimentaire est un élément de bon pronostic pour l’évolution de la maladie.
Dans le futur, on souhaite généraliser ceci avec des Centres Anti-Cancéreux pour adapter l’alimentation au patient.

Merci à Mr Christian Berger-Vachon (Labos LBMC& CRNL Université Lyon 1) pour ce compte rendu détaillé de la réunion.

"On peut aussi construire quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin."

                                                                                                         J. W. von Goethe

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